Deux dates reviennent constamment dans les différentes analyses des derniers jours relativement à la série Montréal-Ottawa. D’abord, celle du 18 février, quand Andrew Hammond a connu son premier départ dans la LNH, contre le Canadien et qui fut à l’origine de la formidable séquence de 21 victoires en 27 matchs menant à cette inimaginable place en séries pour les Sénateurs.
Mais il y a aussi la journée du 2 mars, date limite des transactions, à l’issue de laquelle le Tricolore a complété un mouvement de personnel amorcé quelques semaines auparavant et menant à l’arrivée de Devante Smith-Pelly, Jeff Petry, Torrey Mitchell et Brian Flynn. Date qui marque le début d’une séquence plutôt ordinaire de 9 victoires en 19 matchs pour le Canadien et qui a soulevé beaucoup de scepticisme de la part des observateurs et amateurs quant à la pertinence des décisions de la direction de l’équipe.
En entrevue individuelle peu après la conclusion des transactions du 2 mars, j’ai demandé à Marc Bergevin s’il y avait eu « un Thomas Vanek » sur le marché cette saison et qui aurait pu aider directement l’attaque de sa formation. Sa réponse fut rapide et claire : « Non! » Le directeur général s’est alors mis à élaborer sur le plan de rechange, celui qui incite plutôt à combler des lacunes, ici et là. Il a parlé de la polyvalence de Petry sur le flanc droit, du potentiel de Smith-Pelly en séries, des mises en jeu du côté droit qui faisaient défaut chez le Canadien. Il a aussi parlé de l’arrivée de deux joueurs des Sabres qui seraient en appétit après avoir connu les horreurs de cette saison de misère à Buffalo.
La série Canadiens-Sénateurs n’est vieille que de trois matchs, mais force est d’admettre que la tournure des événements donne raison jusqu’ici au DG du Canadien et si on ajoute à cette équation le rappel de Jacob De La Rose le 3 février dernier, c’est un impressionnant total de cinq joueurs qui se sont ajoutés en deuxième moitié de saison. C’est plus du quart du groupe de patineurs, mes amis. Ce n’est quand même pas rien!
Utilisés une douzaine de minutes par match, Mitchell et Flynn ont été des bougies d’allumage dans cette série et avec un peu plus de chance, ils auraient encore plus de points au sommaire. Smith-Pelly a déjà distribué 14 mises en échec et a rendu de fiers services compte tenu des absences successives de Max Pacioretty et P.A. Parenteau. Quant à Petry, il suffit de regarder l’ensemble de sa contribution du côté droit (là où les autres options seraient présentement Sergeï Gonchar, Mike Weaver ou Greg Pateryn) pour réaliser qu’il fut une prise de premier plan pour le Canadien.
Les décisions de l’entraîneur
En plus des heureuses trouvailles de Marc Bergevin, il faut aussi saluer le travail de Michel Therrien derrière le banc de son équipe. Commencer la série sans son as marqueur, puis perdre l’un de ses principaux attaquants pour les deux derniers matchs constitue un défi colossal, compte tenu de l’attaque plutôt modeste du Canadien. Therrien a non seulement su vendre à nouveau à son équipe les vertus de la patience et du jeu hermétique, mais il a aussi pris quantité de bonnes décisions en cours de match. La recomposition constante des trios a certes été un atout majeur pour lui cette saison et encore dimanche soir, il a sorti un lapin du chapeau.
La création d’une unité Weise-Mitchell-Prust au moment où les employés de soutien tardaient à contribuer à la cause de l’équipe et à la suite des nombreuses occasions ratées par les deux principales unités (sans compter les mises en échec à répétition qui freinaient les élans de ses meilleurs joueurs) fut une autre occasion d’apprécier le flair d’un entraîneur qui maîtrise admirablement bien la connaissance de ses troupes. Un entraîneur qui a gagné en maturité et qui sait jongler mieux que jamais entre patience et nécessité d’agir sur le moment.
Avec une formation bien loin d’avoir toute la profondeur souhaitée, surtout du côté de l’attaque, Michel Therrien a accompli de véritables petits miracles depuis octobre dernier. On a beau dire que le Canadien a été épargné par les blessures en saison régulière, il reste que ses nombreuses décisions, match après match, se sont souvent avérées judicieuses. Il mérite un pourcentage significatif des 110 points de classement amassés en saison. Et je n’ai jamais hésité à lui donner l’une des trois places sur mon bulletin de vote du trophée Jack-Adams!
Subban-Karlsson : un grand cru!
Parmi les multiples étiquettes qui pouvaient coller à cette série Ottawa-Montréal, avant même qu’elle ne se mette en branle, il y avait bien sûr celle de l’affrontement P.K. Subban-Erik Karlsson, deux des meilleurs défenseurs de la Ligue nationale et jadis récipiendaires tous les deux du trophée Norris. Au cours des deux dernières rencontres, les deux joueurs ont démontré pourquoi ils se classent parmi l’élite mondiale au poste de défenseur.
Dimanche, Karlsson a été magistral. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais au-delà des statistiques, le capitaine des Sénateurs a joué son rôle à la perfection. L’intensité était essentielle pour tenter de ramener les Sénateurs dans la série? Karlsson en a démontré comme rarement on a vu de sa part auparavant. Il a, comme on dit, montré l’exemple lui-même sur la patinoire. La mise en échec sévère mais parfaitement légale à l’endroit de Nathan Beaulieu n’est qu’un élément parmi tant d’autres. Il a passé plus de 31 minutes sur la patinoire sans jamais lever le pied une seule fois.
Subban, après avoir été expulsé du premier match, a rebondi avec brio, surtout lors du match numéro 2. Appuyé par la présence rassurante d’Andreï Markov, Subban est en voie de tisser sa toile de défenseur étoile sur ces séries 2015. C’est lui qui a joué le rôle de maestro vendredi dernier à Montréal et même si Karlsson lui a fait un peu ombrage dimanche, il a quand même inscrit une performance digne de son statut, jouant 33 minutes, décochant huit tirs au but et distribuant six mises en échec!

L’entraîneur-adjoint Daniel Lacroix, qui a bien connu Subban à Hamilton lorsqu’il évoluait avec Bulldogs, m’a dit un jour qu’au-delà de son talent brut, c’est la force de caractère du défenseur qui le fascine le plus. Sa confiance en lui, aussi. « S’il fait une erreur sur la patinoire, il revient au banc, il oublie et retourne sur la glace en pensant encore qu’il est le meilleur au monde », m’avait-il glissé en souriant.
Après s’être excusé auprès de ses coéquipiers pour sa bourde à l’endroit de Mark Stone lors de la première rencontre, Subban a fait cela, exactement, jouer comme l’un des meilleurs au monde, à compter de la rencontre suivante!