Michel Therrien a raison. Valtteri Filppula était bel et bien hors jeu sur la poussée qui a mené au but de Nikita Kucherovmarqué 126 secondes après le début de la deuxième période de prolongation.
Un but qui a propulsé le Lightning vers une victoire de 2-1 aux dépens du Canadien. Un gain qui lance le Lightning en avant 1-0 dans la série qui se poursuivra dimanche au Centre Bell.
«C’est très frustrant de perdre le match de cette façon. Il y avait un hors-jeu sur le jeu. Et un hors-jeu c’est noir ou blanc. Ce n’est pas comme une pénalité qui est décernée au jugement de l’arbitre. Il y avait un hors-jeu et on se retrouve ici et il n’y a rien qu’on peut faire», a déploré Michel Therrien d’abord en français, puis en anglais. Il aurait répété la même réponse en russe ou en tchèque si nos collègues venus d’outre-Atlantique lui avaient demandé ses impressions sur ce but et surtout sur le jeu qui a mené au but de la victoire.
Michel Therrien était frustré. C’était évident. Et il avait raison de l’être.
Cela dit, il s’est écoulé une douzaine de secondes entre le hors-jeu raté par les juges de lignes et le but de la victoire. Au cours de ces 12 secondes, le Canadien a eu l’occasion de reprendre le contrôle de la rondelle. De sortir de sa zone. Greg Pateryn a perdu une bataille d’abord et la rondelle ensuite aux mains de Filppula qui a effectué une passe parfaite à Nikita Kucherov et le russe a décoché un tir plus parfait encore pour déjouer Carey Price sur le 35e auquel il faisait face.
Je le réécris une fois encore : Michel Therrien a raison d’être en furie après les juges de lignes. Ils ont commis une erreur et ils ont ouvert la porte au but qui a coulé le Canadien. Mais si Greg Pateryn avait pu orchestrer une sortie de zone au lieu de perdre la rondelle ce hors-jeu raté serait passé dans le beurre et Michel Therrien n’en aurait pas même glissé mot lors de son point de presse.
Des collègues qui connaissent Michel Therrien de réputation ont cru que le coach du Canadien venait de perdre son duel de concentration avec Jon Cooper lorsqu’il est sorti de la salle d’entrevue. Ils ont cru tout de go que Michel Therrien aurait dû calmer le jeu et ses joueurs au lieu d’attiser le feu en martelant sa frustration sur le dos des juges de lignes.
Je ne partage pas leur avis.
Michel Therrien est rusé. Il connaît le jeu des déclarations-chocs. Il s’est d’ailleurs déjà rendu coupable de quelques envolées qui lui ont coûté cher aux sens propre et figuré. Mais dans le cas qui nous occupe, je suis convaincu que Michel Therrien a effectué une sortie calculée. Très bien calculée.
En étalant sa frustration comme il l’a fait, Michel Therrien a attiré l’attention des journalistes, presque toute l’attention, là où il la voulait : sur le but controversé.
Ce faisant, il a évité un barrage de questions sur le fait que son équipe venait d’encaisser une sixième défaite de suite cette année contre le Lightning de Tampa Bay.
Il a évité les questions – ou les a retardées d’une journée – sur le fait qu’en dépit leurs 44 tirs cadrés et les 85 qu’ils ont tentés ses joueurs n’ont pas été fichu de marquer plus d’une fois aux dépens de Ben Bishop. Et encore! Le but que Max Pacioretty a marqué avec un peu plus de cinq minutes à faire en troisième période pour niveler les chances a été le fruit d’un cadeau du géant gardien du Lightning. Sur un tir anodin de Pacioretty, la rondelle a frappé le fond de sa mitaine, elle a rebondi, virevolté, avant de tomber derrière lui et de franchir la ligne rouge.
Outre ce but, rien!
Bon! Il y a bien eu les deux rondelles qui ont frappé le poteau à la gauche de Bishop en début de match ; il y a bien eu les arrêts sensationnels de Bishop avec la mitaine aux dépens de Plekanec en deuxième période et aux dépens de Gallagher en première période de prolongation ; il y a bien eu le tir de Desharnais qui a atteint le gardien du Lightning en plein front.
Mais malgré tout ça et en dépit du fait que tous les joueurs du Tricolore à l’exception d’Andrei Markov aient obtenu au moins un tir au but, le Canadien n’a marqué qu’une fois. Une bien petite fois. Et exception faite de Max Pacioretty qui a peut-être été le meilleur attaquant du Canadien, c’est encore le trio de Lars Eller -- un troisième trio complété par Brandon Prust et Pierre-Alexandre Parenteau -- qui a été le meilleur du Canadien à cinq contre cinq. On va s’entendre que ce n’est pas normal
En raison de la sortie qu’il a savamment concoctée, Michel Therrien a esquivé les questions sur cette disette offensive. Sur les ennuis de ses deux premiers trios.
Il a muselé celles qui auraient aussi pu être posées en marge des trois avantages numériques obtenus par son équipe qui ont donné six tirs, mais aucun but. Trois avantages numériques bousillés qui enfoncent encore un peu plus le couteau dans la plaie alors que le Tricolore n’affiche maintenant qu’un but en 23 occasions.
La seule question qui n’ait pas porté sur le hors-jeu est venue de mon collègue Arpon Basu de LNH.com qui a demandé à Michel Therrien si le fait que le Lightning venait de prolonger à six sa séquence de victoires consécutives aux dépens de son équipe était un brin ou deux inquiétant.
Une fichue bonne question à laquelle Michel Therrien a répondu : «non, pas du tout», avant de quitter la salle sans ouvrir la porte à une ou plusieurs questions complémentaires qui auraient été de mise.
Le Canadien devait gagner
C’était pourtant la question la plus importante du point de presse.
Car après avoir disputé un très solide match de hockey, de loin, de très loin, leur meilleur de la saison face au Lightning, le Canadien a quand même perdu.
C’est plate de même pour le Tricolore et ses fans.
Dans le vestiaire, de P.K. Subban à Brendan Galagher en passant par Max Pacioretty, les joueurs assuraient qu’ils venaient de disputer une très forte partie, qu’ils auraient pu gagner le match et que s’ils jouaient comme ils venaient de le faire ils sortiraient gagnants de la série.
Ce n’est pourtant pas vrai.
Car s’il continue à bien jouer comme il le fait, mais qu’il n’est pas fichu de donner un peu plus de zip à son attaque afin de marquer plus de buts, le Canadien aura beau bien jouer au hockey, il y a fort à parier qu’il devra se contenter de victoires morales. Le genre de victoires qui mènent en vacances et non une étape plus près de la coupe Stanley.
Kucherov : deux fois plutôt qu’une
L’ironie dans le match d’hier réside dans le fait que pendant un moment, ce n’est pas le Canadien, mais bien le Lightning qui était étendu à titre de victime au milieu de la scène de crime.

Un an après avoir été victime d’un but refusé à Ryan Callahan dans le troisième match de la série que le Canadien était en voie de balayer en quatre – but refusé en raison d’un contact entre Alex Killorn et Carey Price avant le tir de Callahan – le Lightning s’est fait refusé un but en prolongation vendredi soir.
Arrivé en échappée, Nikita Kucherov a d’abord été frustré par Carey Price. Après avoir effectué l’arrêt, Price a tiré la rondelle derrière lui. La reprise a toutefois démontré que le geste de Price était attribuable au fait que Kucherov l’a poussé vers le fond de son filet en appuyant la lame de son bâton sur la jambière droite du gardien du Canadien.
L’arbitre Eric Furlatt a fait preuve d’un grand sens d’observation et de beaucoup de sang froid en refusant ce but. Car il ne pouvait s’appuyer sur les responsables des révisions puisque ce type d’infraction n’entrait pas dans le protocole de révision.
«Nikita est le premier joueur de l’histoire à marquer deux fois en prolongation», a ironisé Tyler Johnson après la victoire de son équipe.
Vrai que ce but refusé soulevait à la fois controverse et ironie. Car c’est au même bout de patinoire l’an dernier que Callahan s’est fait refuser son but.
Mais dans le cas de Kucherov, les reprises ont pleinement donné raison à l’officiel québécois. Même Jon Cooper, qui avait qualifié son arrivée à Montréal pour une série contre le Canadien de retour sur la scène de crime a donné son aval à l’officiel.
L’entraîneur-chef du Lightning a toutefois utilisé ce jeu controversé pour louanger son équipe et appuyer ses prétentions selon lesquelles son club est mieux armé cette année qu’il ne l’était l’an dernier pour faire face à la pression des séries. Le Lightning vient d’ailleurs d’en faire la preuve en effaçant des déficits de 0-1, de 1-2 et de 3-2 pour finalement éliminer les Red Wings de Detroit en sept matchs.
«L’an dernier, le but refusé à Callahan nous avait secoués. Nous avions mis du temps à nous en remettre. Ce soir, nous avons repris le jeu comme si de rien était. C’est là un signe de maturité. De confiance», a commenté Cooper qui s’est dit aussi surpris par la forme physique affichée par ses joueurs en dépit du fait qu’ils n’ont eu qu’une journée de congé entre la dernière partie de la série face aux Wings et la première contre le Canadien.
«Les joueurs des deux équipes patinaient aussi vite en cinquième période qu’en première. La seule différence est que les présences étaient moins longues. Mais c’était tout aussi intense», a conclu Cooper.
Il sera intéressant de voir si le temps supplémentaire effectué vendredi aura des répercussions dimanche alors que les deux équipes se croiseront pour la deuxième rencontre.
Une rencontre cruciale pour le Canadien qui voudra tout faire pour éviter de tomber 0-2. Une rencontre tout aussi importante pour le Lightning qui n’aura toutefois pas à puiser dans l’énergie du désespoir maintenant qu’il est en avant 1-0 dans une série dont il vient de reprendre l’avantage de la patinoire.