Marc Bergevin n’a pas assisté à la débandade de son équipe qui vient de perdre coup sur coup aux mains des Blue Jackets de Columbus.
De fait, le mot débandade est peut-être faible considérant que le Canadien vient d’accorder 10 buts à l’équipe qui occupe le 30e rang du classement général de la LNH. Et que le Tricolore n’a pu en marquer plus de quatre contre cette « puissance » défensive du circuit. Quatre buts dont un à cinq contre trois, un à cinq contre quatre, et un autre sur un tir du centre de la patinoire.
Misère!
Marc Bergevin n’a pas non plus été témoin de la courte victoire de son équipe samedi à Toronto. Un gain que plusieurs ont qualifié, un brin rapidement, de confirmation de la poigne du DG sur son club.
Entouré de ses dépisteurs amateurs, le directeur général du Canadien est présentement à Vancouver afin de préparer le prochain repêchage. Pourquoi Vancouver? Parce que plusieurs des meilleurs espoirs s’y affrontent afin de mousser leur valeur en vue de la sélection qui s’effectuera en juin prochain à Buffalo.
J’espère que Bergevin saura bien motiver son manitou du repêchage, Trevor Timmins et le reste de son équipe, car avec les défaites qui s’accumulent, sans Carey Price pour racheter les erreurs en séries commises par ses coéquipiers, avec un club qui a les patins dans le sable et le moral plus creux encore, il est peut-être temps de faire une croix sur la saison actuelle et de mettre toutes les énergies sur la prochaine.
De prétendant à la coupe Stanley qu’il était après ses neuf victoires consécutives dans le cadre du meilleur début de saison de son histoire, de prétendant qu’il était encore après 26 matchs avec ses 41 points (19-4-3) qui le plaçaient au premier rang du classement général, le Canadien vient peut-être, avec ses deux revers contre Columbus, de saper ses chances d’accéder aux séries.
Mathématiquement, c’est toujours possible. Je le sais. Mais mathématiquement, le Canadien peut encore gagner la 25e coupe Stanley de son histoire.
Sauf que dans les faits, c’est bien différent.
Douze défaites... maximum
Le Canadien aura 32 matchs à disputer au retour de la pause du Match des étoiles. Si on se fixe une limite très favorable de 92 points pour accéder aux séries – ce pourrait être 93, voire 94, mais on ne devrait pas se rendre au total de 98 points dont les Penguins ont eu besoin pour se hisser en séries l’an dernier – le Tricolore aura besoin de récolter 40 des 64 points en jeu d’ici la fin du calendrier régulier.
Ça veut donc dire que le Canadien ne pourra se permettre d’échapper plus de 24 points, peu importe la façon dont il les échappera.
Vingt-quatre points, c’est 12 revers en temps réglementaire. Je vous pose donc la question suivante : est-ce que le Canadien qui vient d’encaisser 18 défaites en temps réglementaire à ses 24 derniers matchs pourra en perdre seulement 12 lors de ses 32 prochaines parties?
Ou à l’inverse, est-ce que le Canadien qui n’a gagné que cinq fois à ses 24 dernières rencontres pourra signer 20 victoires lors de ses 32 prochaines parties?
Mathématiquement, c’est possible. J’en conviens. Mais pratiquement, ce l’est moins. Beaucoup moins.
C’est pour cette raison que l’état-major du Canadien au grand complet – et ça implique directement Geoff Molson et ses propriétaires qui encaisseront les contrecoups financiers d’une telle décision – devront profiter de la pause du Match des étoiles pour se demander si le temps n’est pas venu de cesser de rêver à la coupe Stanley – remarquez qu’ils ont peut-être cessé d’y croire il y a un moment déjà – et de mettre ses chances du côté de la loterie qui orchestrera le prochain repêchage.
Car l’été prochain, les 14 équipes exclues des séries auront une chance de mettre la main sur le premier choix dans le cadre d’une loterie. Si elles perdent le premier, elles pourront se reprendre pour le deuxième. Et aussi pour le troisième.
Parce que les équipes les plus près du 30e rang auront de meilleures chances de gagner l’un des trois premiers prix, il sera important pour Marc Bergevin de rapidement faire le point sur les chances qu’il accorde à son équipe d’accéder aux séries. Et si, comme moi, il croit que ces chances sont trop minces pour y croire réellement, il devra profiter du dernier mois qui le sépare de la date limite des transactions pour larguer quelques vétérans, quelques contrats et remodeler son club en vue de la prochaine saison, et des autres à venir.
Et le coach? Pourquoi ne pas le congédier après ces deux défaites contre Columbus malgré l’appui inconditionnel qu’il a offert à Michel Therrien pas plus tard que jeudi dernier?
Parce qu’au-delà son niveau de responsabilité – Michel Therrien a indiqué qu’il avait lui aussi une part de responsabilité à porter sans la déconfiture de son équipe – le coach du Canadien n’a pas à être limogé si l’état-major décide de faire une croix sur cette année et de songer à l’an prochain.
Une fois la saison terminée, il sera toutefois impératif de se demander si la relance du Canadien passera par Therrien derrière le banc ou par un autre. Mais d’ici là, un changement ne changerait rien, ou pas assez pour y songer.
On a vu ce qu’a donné la nomination de Randy Cunneyworth en remplacement de Jacques Martin il y a quatre ans.
Pourquoi alors répéter la même erreur?
Les yeux du cœur
Ron Fournier, qui vient de quitter la galerie de presse au terme de sa tribune téléphonique, vient de me dire que des 19 amateurs avec qui il a échangé après le match, 11 croient encore aux chances du Canadien s’accéder aux séries, et 8 n’y croient plus du tout.
On ne peut empêcher un cœur d’aimer. Mais parfois, l’amour rend aveugle. Et après avoir été aveuglés par le début de saison sensationnel de leurs favoris, les partisans qui y croient encore regardent leur club avec leur cœur plus qu’avec leurs yeux.
Car quand on regarde le match d’hier avec les yeux, les vrais et non ceux du cœur, on voit rapidement qu’il était loin d’être beau ce match du Canadien. Qu’il était laid. Très laid.
Vous avez sans doute vu et revu les cinq buts des Blue Jackets. Qu’ont en commun les quatre premiers? Ils sont tous le fruit d’erreurs bêtes du Canadien.
Déjà que son équipe jouait en avantage numérique, Boone Jenner a dû se pincer lorsqu’il a vu Jeff Petry s’éloigner du filet et Ben Scrivens se projeter loin devant son demi-cercle alors que la rondelle était libre devant lui. Il a eu le temps de se pincer et de tirer dans un filet libre.
Que dire d’Andrei Markov qui a aidé la cause des Jackets – pourquoi les aider alors qu’ils étaient déjà en supériorité numérique – en effectuant une belle passe à Nick Foligno qui n’en demandait pas tant. Foligno qui a ensuite remis à Scott Hartnell qui a marqué.
Capable de gestes brillants sur la patinoire, P.K. s’est ensuite barré les pieds derrière son but en tentant de déjouer deux adversaires. Il était encore sur les fesses lorsque Brandon Dubinsky a marqué. P.K. a trop « fafouiné » sur le jeu. C’est clair. Mais pourquoi diable Dubinsky a pu changer d’idée dix fois avant de décocher son tir. Ça n’a pas de bon sens d’abandonner l’enclave et son gardien de cette façon.
P.K. est aussi coupable du quatrième but. Une fois encore, c’est une erreur d’exécution qui a coûté cher au Canadien. Même P.K. n’a pu échapper au mécontentement des partisans qui l’ont chahuté lors du match de mardi tant il multipliait les vrilles, les tourniquets, les bévues au lieu d’être plus incisif dans ses actions.
Au lieu de jouer comme il en est capable. Comme il devrait le faire. Comme il le faisait en début de saison lorsqu’il aidait son équipe à gagner au lieu de simplement récolter des points.
Subban s’est repris avec deux passes dont l’une sensationnelle qui a permis à Alex Galchenyuk de marquer. Avec ses trois buts et 16 points, P.K. est d’ailleurs le meilleur marqueur du Canadien depuis le début de la plonge au classement amorcée le 3 décembre dernier. Mais le Canadien a besoin de bien plus de la part de son surdoué.
Comme du reste de l’équipe, c’est vrai.
Mais ça doit venir d’abord des meilleurs joueurs qui trop souvent ne sont pas à la hauteur des meilleurs de l’autre bord.
C’est ce déséquilibre frappant entre les meilleurs du Canadien et les meilleurs des autres camps qui explique pourquoi le Canadien vient de perdre deux matchs qu’il se devait de gagner. Et bien d’autres qui les ont précédés. Pourquoi il vient de se faire planter 10-4 en deux rencontres face aux Blue Jackets de Columbus qui avaient l’air de tout face au Canadien, sauf d’un club de 30e et dernière place dans la LNH.
Ça en dit long sur l’état actuel de la crise qui mine le Canadien.
Brendan Gallagher aurait voulu jouer dès demain. Il devra attendre à mardi prochain alors que le Canadien croisera les Flyers à Philadelphie. D’ici là, Gallagher et ses coéquipiers pourront décrocher un peu, faire le vide, ou faire le plein, c’est selon pendant que P.K. fera la fête au Match des étoiles.
Peu importe ce que les joueurs feront durant la pause, on ne peut que souhaiter que l’état-major dresse une stratégie qui lui permettra de sortir malgré tout gagnant de cette saison marquée par de trop nombreuses défaites.