vendredi 26 février 2016

Tête-à-tête sur les bagarres dans la LHJMQ

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Gilles Courteau en entrevue à Radio-CanadaGilles Courteau en entrevue à Radio-Canada
Dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, comme dans la LNH, les bagarres sont en baisse. Au rythme actuel cependant, la LHJMQ aura tout de même comptabilisé 315 combats sur ses patinoires à la fin de la saison 2015-2016. Le commissaire Gilles Couteau prédit la fin des bagarres dans sa ligue d'ici cinq ans. Il estime que le resserrement des sanctions disciplinaires fait son oeuvre.
Un texte de Gino HarelCourriel de l'émission Enquête
Une équipe de l'émission Enquête a présenté un dossier, cette semaine, sur les commotions cérébrales au hockey.
On y révélait entre autres que le nombre de commotions causées par des bagarres dans la LNH avait probablement été sous-évalué au fil des ans.
Dans le cadre de leur enquête, le journaliste Gino Harel et le réalisateur Yanic Lapointe ont également réalisé une longue entrevue avec le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, le 22 décembre dernier.
Nous vous proposons ici quelques éléments pertinents de cette entrevue.
Des bagarres encore nombreuses : même le commissaire semble étonné du total
Le commissaire Courteau souligne que les bagarres sont en baisse dans la LHJMQ. La Ligue calcule l'évolution de ses taux de bagarres par match d'année en année.
Nous avons donc demandé à M. Courteau l'état actuel de ce taux. Sa réponse : 0,5 bataille par match.
Ce taux est effectivement moindre qu'il y a quelques années. Or, lorsqu'on utilise ce taux pour faire une projection sur une saison complète de 630 matchs, le résultat équivaut à 315 bagarres.
Un nombre élevé aux yeux du commissaire, qui semblait surpris de ce total.
« Je ne sais pas si on devrait calculer à ce niveau-là par rapport à ça. Je considère que c'est un nombre qui est élevé.[...] J'aimerais avoir la statistique pour arriver, pour vous dire combien de bagarres annuelles. Par cœur, je ne suis pas en mesure de vous répondre, mais notre statistique est celle que l'on a, à ce niveau-là, au moment où on se parle. »— Gilles Courteau
Gilles Courteau et le nombre de bagarres dans la LHJMQ
Vérification faite auprès de la LHJMQ la semaine dernière, le taux de 0,5 combat par match est toujours valide, tout comme notre projection de 315 bagarres pour la saison.
Un lent changement de culture
En 2011, lors d'un débat télévisé à Radio-Canada sur les aspects dangereux du hockey, Gilles Courteau avait déclaré au sujet des bagarres : « Je suis sorti publiquement en disant non, on n'en veut plus de bagarres. [...] Je suis sorti publiquement pour dire que je travaillais pour l'élimination des bagarres ».
Au cours de cette émission, le commissaire ajoutait : « Il faut que vous considériez que depuis trois ans, on procède à un changement de culture. »
Si on fait le calcul à partir des propos de M. Courteau, en 2011, et que nous remontons trois ans en arrière, cela signifie que la LHJMQ travaille à un changement de culture depuis plus de 7 ans.
Nous avons donc demandé au commissaire Courteau où en étaient rendus ses efforts de changement de culture aujourd'hui.
« On travaille sur un changement de culture sur lequel nos gens emboîtent le pas et nos résultats sont là. On a des incidents isolés. [...] On ne permet pas la bagarre. Il y a des pénalités, puis il y a des sanctions. On ne permet pas la bagarre, comme on ne permet pas le double échec, comme on ne permet pas une mise en échec dans le dos. »— Gilles Courteau
Pourquoi y a-t-il encore des bagarres dans la LHJMQ?
Quatre ans après avoir déclaré qu'il travaillait pour l'élimination des bagarres, nous avons demandé au commissaire Courteau pourquoi il y a encore des bagarres.
« C'est un élément sur lequel on travaille annuellement. On est en mesure de constater, comme vous êtes en mesure de constater, qu'il y a une diminution drastique à cet effet-là par rapport à ce qu'on a connu. Il y a beaucoup plus de sanctions disciplinaires qui sont imposées suite à des bagarres ou des accumulations de bagarres. »— Gilles Courteau
Pourquoi y a-t-il encore des bagarres dans la LHJMQ?
Au rythme actuel, il n'y en aura plus dans cinq ans
Nous avons demandé au commissaire de la LHJMQ quelles pistes de solution pourraient être envisagées pour éradiquer les bagarres de la scène du hockey junior québécois.
Il rappelle que toute initiative devrait d'abord être soumise au bureau des gouverneurs de la Ligue.
« Il faut travailler sur la conséquence. [...] Ce qu'il faut regarder c'est quelle serait la conséquence qui pourrait être mise suite à une bagarre. [...] On a un encadrement qui est extrêmement rigoureux, parce qu'on a une preuve que notre travail se fait adéquatement. On a une réduction drastique du nombre de bagarres. »— Gilles Courteau
Au rythme où vont les choses, dans combien d'années pourrait-il ne plus y avoir de bagarres?
« Moi, je pense que d'ici cinq ans. »— Gilles Courteau
Plus de bagarres d'ici 5 ans?
Des précautions pour la santé des joueurs
Au-delà des bagarres, notre entrevue avec le commissaire de la LHJMQ a également porté sur les enjeux reliés à la sécurité et la santé des joueurs, particulièrement en matière de commotions cérébrales.
Gilles Courteau rappelle que la Ligue a un programme pour gérer les situations de commotion depuis plus de 10 ans.
Un excellent protocole, affirme le commissaire
Gilles Courteau rappelle que si un joueur subit un coup qui pourrait donner lieu à des symptômes de commotion cérébrale, son équipe le retire complètement de l'action.
La Ligue a aussi mis en place un protocole sur les retours au jeu. M. Courteau précise qu'il y a toujours un médecin sur place, les soirs de match. S'il n'y a pas de médecin, il n'y a pas de match.
« On a un excellent programme en place, un excellent protocole. Nos équipes sont extrêmement rigoureuses par rapport à cette situation-là. Parce lorsqu'un joueur junior subit une commotion cérébrale, ce n'est pas uniquement le fait qu'il ne peut plus revenir au jeu. Il ne peut pas revenir au jeu avant une certaine période, mais également, il ne peut pas aller à l'école pendant cette période-là. Parce qu'il n'est pas en moyens, ou il n'est pas en fonction pour être capable de se concentrer de façon adéquate. Donc, nos équipes font un travail extraordinaire autant pour l'encadrement scolaire que pour l'encadrement hockey et l'encadrement de la récupération appropriée suite à une commotion cérébrale. »— Gilles Courteau
Risques à long terme des commotions, une réalité selon Gilles Courteau
Le commissaire de la LHJMQ constate qu'il peut y avoir un lien entre les bagarres et les commotions cérébrales.
M. Courteau précise cependant que le pourcentage statistique est minime, estimant à moins de 5 % les commotions cérébrales qui peuvent être causées par une bagarre.
Quant aux risques à long terme des commotions sur la santé des joueurs, le commissaire est d'avis qu'il y en a.
« Je crois aux risques à long terme, comme cela a été démontré chez certains athlètes. Est-ce que c'est imputé à 100 % à cause de commotions cérébrales subies dans le passé ? Je n'ai pas de statistiques à cet égard. Cependant, on sait que lorsqu'il y a des commotions cérébrales à répétition, ça peut être dangereux. On a eu des joueurs qui ont cessé de jouer au hockey, avec rapport à l'appui du médecin, qui lui recommandait de cesser la pratique du hockey à cause du nombre de commotions cérébrales qu'ils avaient eues. Non seulement dans la Ligue junior majeur, mais également depuis qu'ils ont évolué au hockey de haut niveau. »— Gilles Courteau
Le spectre des poursuites judiciaires
La LNH doit aujourd'hui se défendre en cour contre plus d'une centaine de ses anciens joueurs, qui affirment avoir subi de multiples commotions cérébrales au cours de leur carrière.
Ces ex-joueurs reprochent à la Ligue de ne pas les avoir prévenus des risques à long terme pour leur santé.
Cette demande de recours collectif est entendue devant un tribunal américain.
Dans ce contexte, nous avons cru bon d'interpeller le commissaire Courteau sur la possibilité qu'un tel scénario puisse frapper la LHJMQ. La Ligue risque-t-elle un jour de se faire poursuivre à son tour ?
« Ça peut arriver. C'est certain qu'on est toujours sujet à cet élément-là. On ne peut pas ignorer cette possibilité-là. Sauf que, pour nous, de notre côté, je pense que tous les éléments sont en place pour s'assurer de... on ne peut pas dire éliminer, mais de diminuer le plus possible les risques éventuels de poursuite. »— Gilles Courteau