Comment en sont-ils arrivés à chuter aussi bas? Comment une formation, qui virait la ville à l'envers il y a quelques mois à peine, peut-elle à ce point semer la gêne dans un public qui ne demande qu'à l'aimer d'un amour inconditionnel?
Le Canadien a généré beaucoup d'espoir avant de laisser tomber cette clientèle qui paie le gros prix pour l'applaudir, pour acheter dossards et autres objets à son effigie. J'en connais qui se prive ailleurs pour pouvoir s'identifier ainsi au Canadien.
C'est presque de la trahison ce qu'on voit cette saison. On a carrément laissé les amateurs en plan. Certes, la direction de l'équipe n'avait pas fait de grandes promesses au début de la campagne. C'est plutôt le rendement de l'équipe en constante progression qui s'était chargé de générer tout cet espoir.
Quand on trône au deuxième rang du classement général de la ligue, quand on a un marqueur potentiel de 40 buts, trois joueurs de 60 points, un ex-gagnant du trophée Norris et le meilleur gardien du hockey dans ses rangs, il est permis de penser que l'objectif ultime est là, tout près. Quand ce gardien réussit l'extraordinaire exploit de collectionner quatre trophées la même année, on imagine forcément que la suite des choses sera excitante.
Au camp d'entraînement, on s'interrogeait sur la possibilité de voir Carey Price répéter pareille performance. On ne lui demandait pas d'en gagner quatre autres, mais on se disait que le trophée Vézina était dans la poche et que si le Canadien restait au sommet du circuit, le trophée Hart, adjugé au joueur le plus utile, serait encore le sien.
Toutefois, l'organisation a été victime du premier tsunami de son histoire. Le gardien vedette, qui a remporté un total record de 44 victoires l'an dernier, n'aura joué que 12 matchs et gagné 10 parties cette saison. Au bout du compte, il aura remporté 34 victoires de moins, l'équivalent de 68 points.
Est-ce que ça explique tout? Pas du tout. Une équipe qui a du caractère et qui est animée d'un profond désir de gagner ne peut pas être à la merci de la santé d'un seul joueur. Quand le Canadien a perdu quatre matchs contre Columbus et Buffalo et quand il s'est couché devant les Flyers et les Coyotes, il a sombré dans le ridicule. Depuis un certain temps, l'équipe se comporte comme un boxeur qui est payé pour perdre. À la moindre bonne taloche, il tombe. Dès que l'adversaire marque le premier but, il disparaît.
Je ne connais pas une organisation qui a un historique de gardiens de but comme celui du Canadien. Ses gardiens ont écrit de multiple chapitres dans son histoire. Tellement que le trophée remis annuellement au gardien par excellence de la saison porte le nom d'un de ses joueurs, Georges Vézina. George Hainsworth a déjà réussi 22 jeux blancs dans une saison de 44 parties. Bill Durnam a été un gardien-capitaine. De Jacques Plante, à Ken Dryden, à Patrick Roy, à Jose Théodore (Vézina et Hart la même année), à Carey Price, on parle d'une impressionnante brochette de 16 trophées Vézina, de trois trophées Hart, de 14 coupes Stanley et de trois trophées Conn Smythe. Dans les circonstances, il est assez facile de conclure que si jamais le Canadien gagne la coupe un jour, cela passera inévitablement par Carey Price.
Les joueurs d'un passé plus glorieux leur refilent souvent le même message ces temps-ci. C'est en équipe qu'on gagne. La saison prochaine, Price pourrait revenir en grande forme, mais si Pacioretty n'est pas le franc-tireur et le capitainne qu'il devrait être, si Tomas Plekanec passe 30 matchs sans marquer, si Jeff Petry continue de ne pas répondre aux attentes rattachées au magot qu'on lui a consenti, si David Desharnais ne rebondit pas à la suite de sa très mauvaise saison, si Lars Eller joue 20 matchs sur 80 et si P.K. Subban continue de causer autant de revirements, le Canadien ne gagnera pas davantage.
Je vous pose une question comme ça en passant. Lors du prochain tournoi de golf du Canadien, quand on demandera à tout le monde de faire face aux médias à Laval-sur-le Lac, sortiront-ils encore la cassette? Est-ce qu'ils auront déjà tout oublié? Se risqueront-ils à faire des promesses? Se garderont-ils une petite gêne en se montrant repentants?
Si vous avez un peu d'argent à miser là-dessus, pariez que tout sera oublié, par les joueurs comme par les partisans.
Pression insoutenable sur Condon
Quand on fera le bilan final de la saison, il faut souhaiter que la direction de l'équipe donne un coup de chapeau à Mike Condon qui, certaines soirs, a empêché l'organisation de paraître plus mal encore.
On reproche à Condon d'être parfois chancelant, d'être généreux avec ses retours de lancer et de ne pas être très habile dans le maniement de la rondelle. Toutefois, le gardien de 25 ans a été soumis à une pression soutenue dans un rôle pour lequel il n'était pas préparé. Quand on l'a préféré à Dustin Tokarski à l'issue du camp d'entraînement, il n'était pas encore un gardien de la Ligue nationale. On s'attendait à ce qu'il dispute une vingtaine de parties dans l'ombre de Price. Par la force des choses, il est devenu le gardien numéro un de l'organisation la plus prestigieuse du hockey à la suite d'un mince bagage de 56 matchs dans la Ligue américaine.
A-t-on idée de la pression que peut ressentir un gardien avec zéro expérience quand il est appelé à chausser les bottines d'un athlète de pointe considéré comme le meilleur à sa position? La situation est loin d'être la même, mais rappelez-vous ce qui s'est passé quand Jocelyn Thibault a été appelé à remplacer Patrick Roy. Un peu plus de trois ans plus tard, écrasé par la pression, il a demandé à être échangé, lui un sympatique gars d'ici.
Non seulement Condon a-t-il eu de très grands patins à chausser, mais il l'a fait dans une saison catastrophique au cours de laquelle il a souvent été abandonné à lui-même. C'est un gars honnête qui a donné tout ce qu'il avait à donner. On ne peut pas en dire autant de ceux qui l'ont côtoyé.
En somme, si on analyse le rendement de tout le monde, Condon se doit d'être considéré comme la surprise de l'année dans le camp du Canadien. Rien de moins.
Aucune garantie
Maintenant que la saison est totalement ruinée, on réclame à grands cris que Marc Bergevin laisse aller les choses afin que l'équipe puisse profiter d'un haut choix de repêchage, ce qui n'offrirait aucune garantie quand on constate ce qui s'est passé à Montréal au cours des dernières années.
Des sept derniers choix de première ronde, deux seulement sont avec l'équipe: Galchenyuk et Beaulieu. Deux autres ne sont plus avec l'organisation : Louis Leblanc et Jarred Tinordi. Des 51 joueurs repêchés en sept ans, cinq sont actuellement avec le Canadien, dont deux qui ne sont peut-être que de passage, Jacob De La Rose et Sven Andrighetto. Et on ne parle pas d'Alex Galchenyuk, un troisième choix de la ligue dont on ne sait toujours pas, à sa quatrième saison, s'il est un centre ou un ailier. Pas un bilan très impressionnant.
Pour se relancer dès l'an prochain, c'est d'un joueur d'impact dont le Canadien a besoin. Michel Therrien, qui est sur la corde raide, vous dirait sûrement que les choix de repêchage seront là pour le prochain entraîneur. Même si le Canadien profitait du tout premier choix en juin, cela ne ferait pas nécessairement de Therrien l'entraîneur du Canadien en octobre prochain.
Peu importe ce qui se passera d'ici le premier juillet, j'espère que la haute direction de l'équipe ne commettra pas l'erreur de croire que tout rentrera dans l'ordre parce que Price sera de retour. Le problème est beaucoup plus profond que cela. Tellement plus profond.
Et si on commençait par épurer le vestiaire.