MONTRÉAL – Il reste 22 matchs à la saison du Canadien. Max Pacioretty parlait comme un homme qui a entrepris de les rayer un à un de son calendrier, lundi, un bagnard comptant patiemment les jours le séparant de sa libération.
Ou était-ce plutôt la résignation du condamné à mort? Parce qu’on ne sentait pas beaucoup d’espoir dans les propos du capitaine après la défaite que venait de subir son équipe aux mains des Predators de Nashville.
Les jours passent, les matchs défilent et il devient de plus en plus clair que le Canadien ne s’en sortira pas. Le point de consolation glané hier n’a pas été suffisant pour quitter le 13e rang du classement de l’Association Est. Non seulement les Glorieux accusent-ils un retard de sept points sur la dernière place donnant accès aux séries, mais ils ont cinq équipes à doubler pour y parvenir.
Les plus pessimistes ont lancé la serviette depuis longtemps. Même pour les plus investis dans la cause, il devient de plus en plus difficile de nier que le point de non-retour a été franchi.
« Je ne sais pas si je peux décrire cette saison en un seul mot, mais je sais qu’elle nous rendra meilleurs, s’encourageait Pacioretty. Quand tout ça a commencé, c’était vraiment difficile de voir la lumière au bout du tunnel. Je crois que tout le monde a commencé à se demander pourquoi ça nous arrivait à nous et qu’est-ce qu’on pouvait bien faire de mal. On est présentement au point où on doit croire que cette expérience va faire de nous de meilleurs joueurs et de meilleurs coéquipiers. »
Même si le Canadien a perdu quatre de ses cinq derniers matchs, Pacioretty voit déjà une équipe plus forte que celle qui a originalement été ébranlée par cette chute subite en enfer qui l’a frappée début décembre.
« Je crois qu’on a appris à faire abstraction des indésirables et à se concentrer sur les petites choses qu’on doit accomplir sur une base quotidienne. Depuis qu’on a adopté cette approche, les choses se sont améliorées. On est plus productifs, on obtient de meilleurs résultats. Il faut continuer… »
À ce moment précis, Pacioretty interrompt sa phrase et se retourne vers son casier, sur lequel il applique deux jointures avant de revenir faire face à ses interlocuteurs.
« Malheureusement, on a eu de la malchance avec les blessures. Elles ne nous lâchent pas. Mais il faut garder la tête haute, s’assurer que le prochain gars est prêt à faire le travail », lâche-t-il d’un souffle.
Pacioretty parlait des blessures, mais il aurait pu être exaspéré par une autre forme de déveine, celle qui semble l’avoir privé de sa touche de marqueur. Lundi, le 67 semblait torturé par l’opportunité qu’il avait gaspillée quelques minutes plus tôt en tirs de barrage.
« J’ai pris ce que [Pekka Rinne] m’a donné, j’avais un filet ouvert et la rondelle a bondi par-dessus ma palette. Il me semble que la rondelle sautillait plus qu’à l’habitude ce soir, mais je ne sais pas si ça a joué un rôle dans cette situation. »
Un témoin de la scène a demandé à Pacioretty s’il venait bel et bien de prendre la peine de cogner sur son casier pour toucher du bois, littéralement, comme par superstition.
« Non. Rien de tout ça n’est arrivé », a-t-il répondu, stoïque, comme pour se convaincre que tout ça n’était qu’un cauchemar.  
De l’espoir. Du déni. Un vœu pieux. Voilà à quoi ressemble la trame narrative de la saison du Canadien.