Pendant que son bon ami Michel Therrien et Glen Gulutzan, qui l’a remplacé derrière le banc des Flames, jonglaient avec les derniers détails en vue du match opposant les deux équipes au Centre Bell mardi, Bob Hartley travaillait ses coups droits, ses revers et ses amortis sur un court de tennis d’Hallandale près de Fort Lauderdale.
«Je suis en Floride depuis le 15 octobre. Il fait beau, mais le vent m’a donné du trouble au tennis aujourd’hui», lance sur un ton enjoué Bob Hartley joint par RDS.ca à quelques heures du match opposant le Canadien à son ancien club.
Congédié le 3 mai dernier après une saison difficile, Hartley a tourné la page depuis longtemps. Et il n’en veut pas le moindrement à son ancien patron Brad Treliving qui, lors de l’annonce du congédiement, a indiqué que Hartley avait amené les Flames aussi loin qu’il le pouvait et que le temps était venu de confier l’équipe à un autre homme.
«J’ai passé l’éponge depuis longtemps. Quand tu es congédié, tu dois te regarder en face et te demander si tu as fait une bonne ou une mauvaise job. À partir du moment où tu réponds que tu as fait tout ce que tu avais à faire pour réussir, que tu as mis le travail et tes tripes pour y arriver, tu pars la tête haute et tu regardes en avant et non en arrière», lance Hartley avec la fougue qui le caractérise depuis toujours.
«On a connu des bons moments à Calgary. On a connu une hausse de 20 points au classement à ma deuxième saison – saison qui a propulsé Hartley jusqu’au trophée Jack Adams remis à l’entraîneur-chef de l’année dans la LNH – et l’an dernier on a perdu 20 points avec les conséquences qu’on connaît. J’ai passé trois gérants en quatre ans. Les Flames ont pris des décisions qui étaient difficiles. Quand ton club est bâti autour de gars aussi importants que Jarome Iginla et Miikka Kiprusoff et que ces joueurs quittent l’organisation, ça ouvre la porte à une période de transition. Il y a de très bons jeunes au sein de l’organisation des Flames, mais il faut aussi se donner le temps comme équipe de remplacer des gars comme Jarome et un gardien comme Kipper», a plaidé Bob Hartley sans toutefois ajouter que ce temps ne lui a pas été accordé.
Heureux pour «Mike et Ti-Paul»
Bob Hartley suit bien sûr de près la saison de son ancien club. De fait, il suit les saisons de toutes les équipes avec lesquelles il a été associé. «Je regarde tout. Les matchs de l’Avalanche, des Flames, du Canadien, les matchs de Hershey dans la Ligue américaine. Je sais ce qui se passe à Hawkesbury avec les Hawks dans le tiers 2 en Ontario, dans la LHJMQ, en Suisse, partout», défile Hartley comme s’il tenait à prouver qu’il n’est pas simplement accroché aux succès et insuccès des Flames.
Hartley suit aussi le travail de son «grand chum» Michel Therrien et de Paul Byron qu’il a perdu au profit du Canadien en début de saison l’an dernier.
«Mike fait un job colossal cette année avec son équipe et surtout avec les blessures. Quant à Ti-Paul, il me donne raison à chaque match. Je vous l’avais dit l’an dernier que Paul était un très bon joueur de hockey. Si l’état-major des Flames m’avait consulté, je peux t’assurer que ce n’est pas lui qu’on aurait soumis au ballottage. Je suis content pour Byron. Il a toujours travaillé tellement fort que c’est le fun de voir ses efforts récompensés au sein d’une équipe qui lui a donné une vraie chance.»
Cap sur Riga
Bob Hartley ne suit pas les activités sur la planète hockey simplement par plaisir. Il le fait aussi par nécessité puisqu’il reprendra le travail sous peu à titre d’entraîneur-chef de l’équipe nationale de la Lettonie. Une équipe que Hartley dirigera lors des prochains championnats du monde en avril (5 au 21) prochain.
Une expérience qu’il a bien hâte de vivre.
«J’ai rencontré les dirigeants à Toronto lors du championnat mondial junior pour établir l’ensemble de nos stratégies. On part de loin. Je le sais. Et on s’en va dans une guerre qui sera difficile de gagner puisque nous serons dans la division de la Russie, des États-Unis, de la Suède, de l’Allemagne, du Danemark, de la Slovaquie et de l’Italie. Les «odds» ne sont pas de notre côté, mais je suis emballé par l’expérience. Ce sera la première fois que je prendrai part au Championnat du monde et je tiens à vivre ça. En plus, je travaille avec du bon monde en Lettonie. Avec des gars qui ne veulent pas seulement faire acte de présence à la compétition, mais vraiment développer le hockey chez eux. C’est un très beau défi», assure le petit gars de Hawkesbury dans l’Est ontarien.
Bob Hartley mettra le cap sur Riga le 3 février prochain pour diriger un minicamp d’entraînement de l’équipe nationale du 6 au 9. «Je vais retourner au début du mois de mars pour le vrai camp. Les activités dans la KHL et les ligues européennes seront presque terminées et nous regrouperons nos joueurs. Nous disputerons quelques matchs préparatoires et on débarquera à Cologne (Allemagne) où nous jouerons nos matchs de la ronde préliminaire. La ronde éliminatoire sera disputée à Paris.
Armé de ses connaissances, de son expérience, de sa fougue et de son visa de travail, Hartley débarquera à Riga avec son complice des dernières années Jacques Cloutier.
«On va travailler de pair avec les gars en place. Sandhis Ozolinsh – le défenseur a complété sa longue carrière à Riga, sa ville natale, en 2014 – et Arturs Irbe sont les figures de proue du hockey en Lettonie. On n’a pas beaucoup de joueurs connus. Il y a Zemgus Girgensons (Buffalo) et le gardien Kristers Gudlevskis (Tampa) et aussi Ronalds Kenins qui a été repêché par Vancouver, qui a joué un peu dans la LNH et que j’ai dirigé en Suisse. Pour le reste, ce sera des gars de la place. On n’a pas un gros line-up alors on va tout faire pour bien les encadrer. On va leur donner des infrastructures neuves et aux standards de la LNH. On va les placer dans un contexte gagnant pour les motiver et mettre toutes les chances de notre côté.»
La LNH dans tout ça? 
Et si Hartley devait recevoir un SOS d’une équipe en difficulté dans la LNH. Laisserait-il aussitôt tomber la Lettonie?
«J’ai une clause dans mon contrat qui me permet d’accepter une offre de la Ligue nationale. J’ai parlé avec quelques équipes – de la LNH et d’autres Ligues européennes également – au cours de la saison, mais honnêtement, c’est bien plus exploratoire et en vue de la saison prochaine qu’autre chose. Ce serait difficile de dire non à la LNH, mais à 56 ans, je tiens aussi à vivre l’expérience que la Lettonie m’offre. Pas juste avec leur équipe nationale. Car en plus je vais élaborer des structures de coaching pour l’ensemble du hockey mineur là-bas. J’ai déjà donné des séminaires d’une heure ou deux ici et là. Mais d’être directement impliqué dans l’établissement des bases de coaching dans un pays, c’est un défi vraiment enlevant», a précisé Hartley.
Toujours sous contrat avec les Flames pour la saison 2016-2017, Bob Hartley reçoit son plein salaire. Les considérations monétaires ne lui imposeraient donc pas de sauter sur la première offre venue.
«Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve à long terme sur le plan hockey, mais à court terme, c’est à Riga et derrière le banc de l’équipe de la Lettonie que je me vois. Et cette image me plaît beaucoup. J’ai entendu des tas de belles et bonnes choses sur la ville, sur le pays, sur les gens. Les dirigeants qui m’ont embauché sont des gars de première classe. Vraiment, l’expérience qui m’attend m’emballe. C’est pour cette raison que je me lance avec autant d’enthousiasme. Ce sera difficile, je le sais, mais ce sera très enrichissant. Je suis rendu là.»