mardi 4 avril 2017

Jeux olympiques 2018 : triste nouvelle pour le hockey

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Sidney Crosby
Sidney Crosby (Source d'image:Getty)
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Parce que je suis un éternel optimiste, j’ai toujours cru que le gros bon sens prévaudrait.
J’ai toujours cru que pour le bien du hockey et surtout pour lui permettre d’élargir sa surface de jeu jusqu’en Asie, la LNH et le CIO mettraient de côté leurs gros égos démesurés qui alimentent leur conflit qui ressemble à une guerre des boutons bien plus qu’à une guerre d’idéologie. Que pour le bien des amateurs, les meilleurs joueurs de hockey au monde mettraient le cap sur Pyeongchang afin de prendre part au tournoi olympique de 2018.
Mais voilà! Mon optimisme en a pris un coup lundi. Le gros bon sens a pris le bord lui aussi lorsque la Ligue nationale de hockey a décidé de tourner le dos au mouvement olympique.
Misère!
Cette décision de la LNH et de ses propriétaires est une triste nouvelle pour le hockey. Une nouvelle qui ne fait que des perdants alors que personne, mais alors là personne, ne peut prétendre sortir gagnant et encore moins grandi par un tel dénouement.
Parce que je suis un éternel optimiste, parce que la « décision finale » de la LNH a été dévoilée par Bill Daly permettant ainsi à son patron Gary Bettman de venir dénouer l’impasse en héros si jamais le CIO réalise la déconfiture qui guette son tournoi de Pyeongchang avec l’absence des meilleurs joueurs au monde, je m’accroche à l’idée que l’annonce de lundi soit en fait un dernier avertissement avant le couperet définitif.
Je sais. Les chances d’un revirement de situation sont minces. Très minces même.
Mais je m’accroche à l’idée qu’il soit encore possible de revenir à la raison. Car 20 ans après l’entrée des joueurs de la LNH aux Jeux d’hiver – à Nagano en 1998 – l’absence annoncée lundi n’a vraiment aucun sens.
L’Asie, c’est aussi la Corée
La Ligue nationale veut prendre d’assaut l’immense marché que représente l’Asie. Elle dépêchera d’ailleurs les Canucks de Vancouver et les Kings de Los Angeles en Chine l’an prochain. Elle tient aussi à être des Jeux d’hiver de 2022 qui seront d’ailleurs présentés en Chine.
À ce que je sache, la Corée du Sud est en Asie également. La Corée représente donc un immense marché elle aussi. Et peu importe que la Corée soit plus petite que la Chine, il n’y a rien de plus sensationnel comme tremplin pour le sport, pour tous les sports, que les Jeux olympiques.
Et si la LNH tient à être en Chine en 2022 et que de ce fait elle ne sera pas effrayée par une trêve olympique ou par d’éventuelles blessures subies par ses joueurs vedettes dans cinq ans, elle devrait piler sur son orgueil un brin ou deux et accepter de mettre ses doléances de côté dès maintenant.
Un partenaire à dorloter
Bon! Le CIO devrait également contribuer pour convaincre la LNH et ses propriétaires. Il devrait même les dorloter. Car en l’absence des joueurs de la LNH, le tournoi olympique de hockey sera un tournoi quelconque. C’est malheureux, mais c’est la réalité.
Vrai que le « Miracle on Ice » de 1980 à Lake Placid a marqué l’histoire. Vrai aussi que le but en or de Peter Forsberg à Lillehammer en 1994 fait encore aujourd’hui écarquiller les yeux. Mais ce sont des exceptions qui confirment la règle.

Pis encore, ce tournoi dénaturé perdra 90 %, voire 95 % de sa visibilité, car les journalistes affectés aux couvertures des 30 (bientôt 31) équipes resteront dans les cadres de la LNH au lieu de mettre le cap sur l’Asie.
Au lieu de dorloter la LNH et ses proprios, le CIO et la IIHF les confinent dans un enclos. Ou presque.
Oui le CIO a accepté de verser les millions $ réclamés par la LNH pour couvrir les assurances et les frais de déplacement associés à la présence de ses joueurs vedettes. Le CIO a sans doute aussi amélioré les « services » offerts aux bonzes de la LNH et à leurs invités afin de rendre plus confortable encore l’expérience olympique. Mais dans les faits, les princes du CIO ne respectent pas la LNH comme ils le devraient.
La Ligue nationale n’a pas d’accès préférentiel aux athlètes durant les Jeux. Dès qu’ils franchissent les portes du village olympique, les joueurs coupent leurs liens avec la LNH qui doit respecter les mêmes contrôles d’utilisation des images des JO que tous les autres médias d’information.
Je peux comprendre Gary Bettman d’être furax. Car en plus de mettre son calendrier en veille et donc de perdre sa visibilité dans les médias aux quatre coins de la planète hockey, il ne peut pas même combler ce vide avec ses joueurs qui sont pourtant les vedettes du tournoi.
Voilà un irritant.
Il y en a bien d’autres. Comme les blessures. Mais attention, cette question des blessures me fait rire... ou pleurer.
Vrai qu’un joueur peut se blesser lors d’un tournoi olympique. C’est d’ailleurs arrivé à John Tavares des Islanders de New York lors des derniers JO de Sotchi. Ce joueur peut se blesser tout autant lors d’une Coupe du monde pourtant grandement souhaitée par la LNH et ses propriétaires. Pensez à Aaron Ekblad des Panthers de la Floride ou à Patrice Bergeron qui est revenu amoché de la Coupe du monde gagnée par le Canada à Toronto en septembre dernier.
Ce joueur peut aussi se blesser lors de l’un des trop nombreux matchs préparatoires organisés pour clore les camps d’entraînement au grand plaisir des équipes qui encaissent les revenus aux guichets sans avoir à verser des salaires aux joueurs. Avons-nous déjà entendu les proprios du Canadien ou des autres équipes de la LNH décrier les matchs préparatoires en raison des blessures potentielles?
Voilà pourquoi les blessures représentent à mes yeux un prétexte qui fait l’affaire de la LNH bien plus qu’une crainte susceptible de justifier pareille décision de tourner le dos aux Jeux.
Chaos anticipé
Après les amateurs qui sont les premiers perdants dans ce bras de fer, les joueurs sont aussi perdants. Les joueurs qui y sont dépêchés, les joueurs qui, comme Carey Price, assurent que l’expérience olympique compte parmi les plus grands moments de leur carrière. De leur vie.
Les joueurs au grand complet sont aussi perdants parce que l’absence de la LNH aux Jeux olympiques peut créer des manques à gagner importants en revenus potentiels. Des revenus qui gonflent la masse salariale des joueurs et donc les salaires redistribués à tous les joueurs, pas seulement à ceux qui défendent les couleurs de leur pays respectif.
Malgré l’annonce officielle de la LNH, plusieurs amateurs – et des joueurs aussi – s’accrochent au fait que des propriétaires pourraient permettre à leurs employés d’aller aux Jeux en dépit le décret signé par Gary Bettman.
Attention!
S’il est vrai que le propriétaire des Capitals de Washington – Ted Leonsis – a déjà indiqué qu’il accepterait de voir Alexander Ovechkin et d’autres vedettes des Caps déserter Washington pour trois semaines, je suis loin d’être convaincu que la Ligue laissera Leonsis ou d’autres proprios prêts à l’imiter faire fi des directives officielles.
Surtout qu’une stratégie aléatoire selon le bon vouloir d’un ou de propriétaires et l’intransigeance des autres créerait un chaos dangereux.
Premièrement, est-ce que vous croyez vraiment que les Caps accepteraient de perdre les sept, huit, dix parties disputées en l’absence des Ovechkin, Backstrom, Holtby et de se faire rattraper, voire dépasser, au classement par des clubs qui interdiraient à leurs joueurs de se rendre aux Jeux?
Imaginez aussi le climat de travail dans les vestiaires au retour des « vedettes » après un congé olympique au cours duquel les plombiers ont trimé dur tout en multipliant les revers.
Questionné par courriel sur la politique que la LNH établira pour éviter ce genre de chaos, Bill Daly – bras droit de Gary Bettman – a simplement répondu que la Ligue ne s’était pas encore penchée sur ce dossier et qu’il lui restait encore beaucoup de temps.
Ce qui est vrai.
Pour le bien du hockey, des amateurs, des joueurs et aussi et surtout du tournoi olympique, il serait merveilleux que la LNH et le CIO cessent leur combat de coqs qui s’éternisent depuis des années et qui a mené à l’annonce d’hier. Il serait plus merveilleux qu’ils décident d’écouter ce que l’autre a à dire au lieu de se contenter de l’entendre et de se faire des menaces enfantines : si tu décides de me tourner le dos en Corée, je te tournerai le dos en Chine...
Belle affaire!
Bien qu’il se fasse tard et qu’à certains égards il soit peut-être très tard, il me semble qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Je sais, je suis très optimiste. Peut-être trop.
Mais bon. Ça ne coûte rien d’y croire encore un peu. De croire que le gros bon sens prévaudra. De croire que la LNH conviendra qu’il est bon pour le hockey d’être associé aux Jeux olympiques, car ce qui est bon pour le hockey est aussi bon pour la LNH. De croire que les Jeux olympiques conviendront que son tournoi de hockey sera bien meilleur avec la complicité de la LNH et de ses joueurs.
C’est tellement simple et évident qu’il me semble tout à fait normal et facile de demeurer optimiste.
Vous ne trouvez pas?

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